Sortez les barres protéinées et votre plus beau mug à thé, aujourd’hui on se fait une séance d’UV écolo. Dans la série “mais qu’a-t-on bien pu imaginer pour le futur de la société ?“, on vous parle aujourd’hui de Soleil Vert (Soylent Green dans son titre original), un film réalisé par Richard Fleischer (1973).


Préoccupations globales sur une époque à l’avenir incertain, Soleil Vert évoque des sujets forts qui semblent encore aujourd’hui d’actualité : la dévastation écologique causée par l’être humain, la surpopulation, la perte de l’individu dans la violence et le rationnement. Bien que l’histoire prenne place en 2022 (ce qui prête à rire en 2017), il n’est pas improbable de projeter ce futur un peu plus loin, mais toujours relativement prêt.

Le Synopsis aux relents de CO2:

Le détective Thorn (Charlton Heston) habite dans un modeste appartement à New York, en compagnie de son assistant de recherches, Sol Roth, sympathique vieillard aux connaissances du monde “d’avant”. Ce monde où il existait encore la nature, les animaux, de l’espace et de la vraie nourriture. Alors qu’un meurtre dans le secteur de Thorn vient de se produire, ce dernier se rend compte que cet homicide implique plus qu’une filouterie de bas étages par de menus voleurs. Aux détours de rencontres suspectes, de filatures ardues et de révélations, Thorn se rendra compte qu’il y a plus à comprendre que la vie d’un homme jusqu’à sa fin, mais le chemin qu’a pris l’existence humaine.

Entre tromperies et manipulation de masse, l’humanité ne tient qu’à un fil : celui de cacher la vérité. Cette vérité horrible, terrible, qui montre finalement que l’humain est sa propre œuvre de destruction (on sort les cotillons).

Petits planctons et gros poissons (ou ce que je ne te raconte pas):

Dans son enquête, il rencontre un mobilier pour qui il éprouvera une affection toute particulière, Shirl. Entendez par là que le mobilier du futur se constitue également de femmes qui résident en temps plein dans les appartements accordés aux plus fortunés. Elles distraient, elles cajolent, elles cuisinent, elles sont vieilles : 25 ans passés. Pourtant Shirl est une sphère d’apaisement dans les événements qui se trament. Entre la prostituée et l’objet de désir inaccessible, il ne peut s’empêcher de la voir. Pourtant, le film fait cas d’une absence de sympathie, d’empathie; d’émotions au sens global qui contraste étonnamment avec l’attitude de Thorn. Femmes-objets entends-je ?

Il y a aussi toute cette histoire de “Soleil Vert” finalement. Dans le futur, la “Soylent Company” ne produit exclusivement plus que de la nourriture sous forme de carrés aux différentes couleurs, censés être constitués de protéines artificielles, planctons et autres algues. Plus aucune forme de nourriture n’est disponible pour la masse et le badaud se bat pour avoir sa ration de carrés vitaminés fades, symbole d’un progrès sans saveur et désinvesti de sens. Le met neuf et “savoureux” du moment est donc ce fameux Soleil Vert, dont tout le monde raffole.
Sacralisation absolue d’un monde perdu, le Soleil Vert rappelle combien il est essentiel de préserver les ressources naturelles dans un monde en constante capitalisation de rentabilité, au détriment de la planète.

Pourquoi il faut le voir:

Résolument pessimiste sur l’avancée de l’être humain, Soleil Vert est à la fois conscient du progrès mais lui accorde une forme fade : le monde s’entasse, la planète se meurt; mais la technologie continue d’exister et de croître de manière paradoxale.
La population semble vivre sur des décombres (pédaler pour produire un stock d’électricité, se meubler d’humains-objets) tout en gardant des affres technologiques efficaces (outils de communication, moyen de transport, production de nourriture). L’univers paradoxal se retranscrit encore mieux avec l’âge du film, à mon sens, par le décor, les accessoires et la manière dont il est tourné. En effet, voir des machines à écrire, des écrans en gros pixels et autres vieilleries sonnent comme une cristallisation du paradoxe même: à la fois rétro et pourtant pertinentSoleil Vert mérite d’être vu pour son message comme pour son esthétique désuète : c’est poignant à l’image par le grain, la température, l’esthétique brut; mais poignant également par ses situations et son scénario.

Pour aller un peu plus loin :

Soleil Vert est une adaptation assez libre de “Make Room! Make Room!” écrit par Harry Harrison, publié en 1962. Le roman fait état du baby-boom prenant part aux États-Unis en ce temps là. Il est une critique assez virulente d’un état conservateur et de l’apanage des religions sur les questions de contraceptions et d’avortements. La menace d’un manque de place et d’un entassement de la population, de naissances non-contrôlées, mèneraient donc l’humanité à sa perte, comme une gangrène propagée par la natalité.
Pourtant, l’adaptation filmique (tournée en 1972, soit 10 ans après) prend un tournant écologique du propos : le baby-boom passé, la population ne croît plus aussi rapidement. Mais l’impact de l’humain et de sa présence massive sur Terre commence à être mise en question.

Sad Fact :

L’acteur qui joue Sol Roth, Edward G. Robinson, le sympathique vieux compagnon d’enquête de Thorn dans le film, est déjà atteint d’un cancer aggravé pendant le film.
Complètement sourd, le tournage fut compliqué pour lui. Son binôme de jeu, l’acteur Charlton Heston (Thorn) pleure d’ailleurs véritablement dans une scène de fin où Sol est mal en point, étant le seul au courant de sa maladie.
Ce sera son dernier film. Le symbole d’un vieux monde serein qui s’éteint pour de bon.

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A Propos de Le Cha

Fan de munster, connaisseuse de bières et accro à la S-F