On a tous un pote qui a l’âme d’un grand voyageur, le notre s’appelle Kévin et il a décidé de partir pour l’aventure avec son sac à dos et son appareil photo. De temps en temps, il nous donne de ses nouvelles et on a décidé de les partager avec vous.


Souvent, on me demande : pourquoi le Kazakhstan ? La réponse varie alors selon mon humeur, j’évoque parfois la soif d’aventure, la curiosité, l’envie de grands espaces ou celle de changer de quotidien…  Plus simplement, on pourrait simplement parler de l’envie d’aller voir ailleurs.

Le Kazakhstan est le neuvième plus grand pays au monde (cinq fois plus grand que la France), situé entre l’Europe et l’Asie. Bordé par la Russie et la Chine, il est peuplé de 17 millions d’habitants. Et Borat n’en fait pas parti, désolé.

Tout a commencé à Aktaou au sud-ouest du pays, l’idée de me baigner dans la mer Caspienne me plaisait. Une envie qui me coûte cinq jours de blocage : en effet dès mon arrivée je suis pris dans un piège thermal et linguistique. Avec 36 degrés la nuit, même la mer Caspienne peine à me rafraîchir. Côté communication, mon russe est à peu près aussi rouillé que les gazoducs qui entourent cette ville pétrolifère. L’auberge où je pensais séjourner n’existe pas et j’échoue dans un hôtel sordide. Je nage d’incompréhensions en rencontres improbables. Je commence à  comprendre l’état d’esprit et l’hospitalité kazakh : beaucoup de gens essaient de m’aider, de me comprendre ou de m’expliquer des choses mais la barrière de la langue est souvent infranchissable. Je passe des heures à espérer que la personne en face de moi m’aide dans mes démarches… pour finalement atterrir dans un restaurant, un café, ou à l’arrière d’une voiture qui file vers je ne sais où.

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Je refuse de prendre l’avion car je rêve de fendre les steppes à bord d’un wagon qui sent bon l’ex-union soviétique, face à un ancien qui me parlerait russe et boirait de la vodka.
Cinquante heures de rail d’Ouest en Est me mèneront finalement vers Astana, à travers d’interminables plaines où l’horizon semble infini. Je peine à me faufiler dans ce wagon bondé. Ici, pas de places attitrées : on me pousse gentiment vers une banquette, face à un vieil homme. La chaleur grimpe et le train se transforme en fournaise lorsqu’il s’immobilise. Je passe cinq heures à écouter le monologue de cet ancien kazakh, coincé entre une Babouchka et la fenêtre dans une rivière de sueur. Mon regard se perd dans la plaine quand je tente de m’évader de mon mètre carré bien tassé. Je craque finalement et me réfugie en hauteur, sur une banquette porte bagage et m’endors le nez à 20 cm du plafond. À mon réveil, l’ancien parle toujours. Un second train me mène tranquillement vers la capitale, plus confortable cette fois. J’y ai ma propre couchette et partage le compartiment avec cinq autres personnes.

Comme le dit le proverbe russe : “prend le train et ton voisin connaîtra aussi bien ta mère et tes meilleurs amis que toi”

Dans ce wagon bleu ciel, une femme me répète une centaine de fois le mot kokchetav. J’y ai droit à toutes les sauces : « Kokchetav ! Kokchetav ? Kokchetav… ». Elle hante mes plus sombres cauchemars et me crie ce mot. Je mettrai deux jours à comprendre ce qu’elle voulait finalement dire, on en reparle plus tard. Le train poursuit lentement sa route vers la capitale pendant que la vie s’y organise.

Astana pourrait être la capitale du superlatif, une ville à géométrie variable : un concentré de lignes dans tous les sens et de lumières qui rendraient un aveugle épileptique. Capitale depuis 1997, elle succède à Almaty et veut se montrer digne de ce statut aux yeux du monde lors de l’exposition universelle qu’elle accueillera en 2017. Tellement de buildings pour si peu de gens.

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Mon périple continue à Ridder, une ancienne ville minière située dans l’extrême Nord-Est. Une bonne base pour une expédition dans la montagne, à la recherche d’ours. Finalement, j’y tombe malade et j’en profite donc pour faire une pause et explorer les lieux. Ici, j’ai l’impression qu’on me regarde de travers. Dans les ruelles flotte un parfum de suspicion, sûrement un héritage de l’ex-URSS. La majorité ethnique y est russe, beaucoup d’hommes pourraient jouer le méchant dans un mauvais James Bond. Ici le décor mêle barres d’immeubles rectangulaires et parcs où la végétation reprend ses droits et se mêle aux tobogans et tourniquets. Des nuages grisâtres s’échappent des cheminées des quelques usines de minerais toujours en activité. À Ridder, les hommes qui ont perdu leur emploi se réfugient souvent dans l’alcool, une façon de rendre l’hiver plus supportable.

Je me perds parfois dans des paysages magnifiques. Comme à Kokchetaou (Kokchetav), qui s’avère finalement être une petite ville, base pour une virée vers le parc national de Burabaï. Un parc aux formations géologiques pyramidales, gardiennes d’un lac aux eaux sombres. Les montagnes du sud tranchent avec les plaines du nord. Ici trônent quelques merveilles naturelles telles que les lacs Kolsay, trois lacs Alpins dont l’eau est pure et cristalline. 

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Après un mois et quelques milliers de kilomètres parcourus en train, en bus, en taxis, en marshrutkas ou à pied, je ne sais toujours pas quoi penser de cette expérience. Les débuts furent difficiles : souvent seul face à une langue inconnue et une culture différente. Face à moi-même, je me suis perdu, puis c’est devenu mon quotidien. J’ai tiré un trait sur mes plans, accepté mon sort. Je me suis joué des aléas et j’ai fini par savourer le thé offert par les kazakhs.

1 Comment on "Prochain arrêt le bout du monde"

  1. Belle expèrience mais pas facile tous les jours
    Bisous

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