Dans mon premier article, j’avais évoqué Brazil. Et forcément, il fallait que je revienne dessus.
Brazil de Terry Gilliam (1985), un film que j’ai découvert avec un ami lors d’une soirée thé au chaud. Je ne m’attendais pas à une telle claque. C’est le genre de bonnes surprises que réserve la vie, comme quand tu trouves un trèfle à quatre feuilles dans un champs ou un deuxième jaune dans ton œuf. Vu que le film est rempli à craquer comme une coquille de cette fameuse musique, Brazil de Ary Barroso, que ça danse fortement sur mes origines latinos et que le réalisateur dira lui même que c’est un air plein d’espoir et mélancolique, une corde sensible avait déjà été touchée en moi.


Entre la cumbia et ce petit sifflement, Brazil te mène sur des sentiers exotiques, même si ce n’est pas ceux que tu attends.

Quant à définir si c’est de la science-fiction : oui et non. Mais ça, on va le voir dans un instant.

Le synopsis (tout en bosa nova) :

Sam Lowry vit dans une ville du futur, une ville du futur comme dans un paquet de films : des barres d’immeubles à perte de vue dont on distingue mal le sol et le ciel. Sam Lowry est un homme simple : il travaille dans un bureau, vit sous les critiques de sa mère qui souhaite le voir obtenir une promotion et mène une vie de célibataire droite et tranquille. Docile, il est pourtant rêveur et chaque nuit il se transforme en héro ailé qui tente de sauver sa dulcinée.
Mais un jour, alors qu’il tente de réparer une injustice bureaucratique en se rendant chez un concitoyen, on suit l’apparition progressive de “bugs dans la matrice”. Des personnes font irruptions pour le contraindre, l’ensemble sociétal le transforme au fur et à mesure en pariât. Bien sûr, le climax de l’élément perturbateur, c’est la rencontre en chair et en os de sa belle, avec qui il aura quelques difficultés à sympathiser.
Explosions, costumes alambiqués et situations grotesques au rendez-vous.

L’absurde en emphase (ou ce que je ne t’ai pas raconté) :

En vérité, je te l’ai fait courte pour l’histoire, je m’en excuse. Tellement de choses se déroulent, se mêlent et s’entrecroisent, que le fil directeur de l’histoire n’est pas aussi évident. Les personnages ont chacun un caractère bien trempé : la mère en est à sa énième chirurgie esthétique et organise une fête pour s’en faire congratuler, un justicier chauffagiste tente de réparer les tuyaux de l’appartement de Sam Lowry en douce en outrepassant le règlement et la dulcinée tente sans cesse de semer l’amant éperdu.

Les films absurdes ont cette caractéristique de se focaliser sur des détails. Mon préféré dans Brazil, c’est sûrement ce détail des tuyaux qui traversent chaque recoin de chaque scène du film. Ces tuyaux, on ne sait pas vraiment ce qu’ils amènent, mais ils sont extrêmement contrôlés, surveillés, comme s’ils étaient quelque chose de très précieux. Le film en parle, tourne autour : ils émergent, ils explosent, ils sont l’affaire de ressorts scénaristiques. Ils sont sûrement, à mon sens, une belle métaphore du film : à la fois fuite et lien, transmission et rupture, la cause à effet involontaire.
Brazil illustre parfaitement un schéma kafkaïen de l’effet papillon : une action en entraîne plusieurs autres. Mais on ne sait ni pourquoi, ni comment.

Pourquoi il faut le voir :

Déjà, parce qu’il y a beaucoup trop de choses à dire dessus pour que je puisse être complète sur le sujet. Vous aurez peut-être du mal à accrocher, c’est un style, mais bon sang que ça vaut le coup !

Le fondement science-fiction est assez évident dans sa forme; je l’assimile même à un 1984 de Georges Orwell fantasmé en rêve d’enfant, saupoudré d’une histoire de Roméo et Juliette. Il a également cette caractéristique du genre de critiquer indirectement la société; et ici, on ratisse large : enfermement et stupidité administrative, culte de l’apparence avec vêtements extravagants et chirurgie esthétique banalisée et encouragée, humain comme outil dépersonnalisé de la machine travail.

Ensuite parce que c’est Jonathan Pryce qui a le rôle principal et que voir le Grand Moineau de Game of Thrones ou le papa Swan de Pirates des Caraïbes sans cheveux blancs et sans rides, c’est toujours fascinant. Un peu comme Antonio Banderas et ses cheveux longs dans Entretien avec un Vampire.

Pour finir, les références à des mouvances de genres filmiques, artistiques ou littéraires sont assez touffues : Jules Verne, Hitchcock, Kafka, Kubrick, Dali, Bosch, Magritte, … (#NameDropping)

La contrepartie c’est évidemment d’apprécier un humour un peu décalé, “à l’anglaise” dirait-on. Je te cache pas qu‘il faut être bon public de la situation pince-sans-rire. Mais aussi savoir être ouvert à des moments d’incompréhension, aimer trouver des réponses à des solutions par soi-même.

Pour aller un peu plus loin :

Terry Gilliam et son approche particulière dans la réalisation de films a créé de gros conflits au moment de sa finalisation avec les producteurs. À tel point, que la situation caricaturée de son personnage dans le film face à la bureaucratie pourrait rejoindre la réalité. Le film a ainsi connu trois versions éditées : une version de 94 minutes avec une “happy end” validée par les producteurs, une version de 132 minutes sortie en 1985 où Gilliam a tenté de concilier le souhait des producteurs en retouchant de lui-même son film et enfin la version que nous connaissons aujourd’hui d’une durée de 142 minutes, respectant la vision originelle de Gilliam.
Un film relate d’ailleurs ce combat contre les producteurs, The Battle of Brazil.

Fun fact :

Une scène de torture présente à la fin du film a été tourné dans une ancienne centrale électrique de Croydon, en Angleterre. En 1991, la quasi-totalité de la centrale fut détruite, exceptée deux cheminées. Un IKEA est maintenant construit à cet endroit là.

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A Propos de Le Cha

Fan de munster, connaisseuse de bières et accro à la S-F