Café sans sucre et soirée déco, bienvenue dans Norway Of Life, un film de Jens Lien : une co-production islando-norvégienne (2006) qui a reçu le Grand Prix de Gérardmer en 2007.


Le Synopsis en catalogue bon marché

Dans une plaine aride, une petite bicoque de bord de route subsiste décorée d’une banderole “Welcome” accrochée par un monsieur qui attend sagement devant. Un bus, sorti de nul part, dépose Andréas dans ce lieu sans visage. L’homme l’accueille chaleureusement et les voilà en route pour la ville.
Débarqué dans ce qui est son appartement, l’homme lui donne les clefs de la voiture et repart.
Andréas est alors déjà intégré dans une routine : il a un logement, un travail, rencontre une femme très vite, se met à habiter avec elle très vite aussi. Tout semble… bien aller finalement. Sauf que, Andréas ne sait rien de ce qui lui arrive : ni où, ni quand, ni pourquoi, ni qui il est.

L’absence révélateur d’une infinité de questions  (ou ce que je ne te raconte pas)

Andréas, on ne sait ni d’où il vient ni qui il était avant d’être dans la temporalité du film. On est avec lui sans jamais avoir son background. Un être de l’instant présent donc, qui ne semble pas plus savoir ce qui lui arrive que nous. En effet, tout semble être fait pour que son existence et sa venue passe inaperçue. Tout est normal. Personne, ni même l’intéressé, ne se demande comment il a atterrit ici, ni si son arrivée à un but.

À bien y regarder, les autres personnages qui gravitent autour d’Andréas ne semblent se poser aucune question également : le voici dans un monde lisse, exempt de questions existentielles et où la vie “suit son cours” sans heurts. Chaque chose à sa place et rien ne dépasse. Une surface lisse tant mentale que visuelle où il est de bon ton de ne pas poser de questions.

Pourquoi il faut le voir

L’intrigue constante est sûrement le moteur global du film: un sentiment de perdition, des questionnements, des remises en question. Un univers à la fois construit et incohérent (comme une balade sur Twitter finalement). Les personnages tendent à rester loufoques de bout en bout : loin d’être des robots, on les sent animés d’émotions. Mais uniquement de “bonnes émotions”, ils agissent avec entrain et passion, mais jamais d’une manière négative.
Le manque de clefs quant à la contextualisation de l’univers (sont-ce des limbes? une expérience d’extraterrestre comme dans Dark City?), appelle le spectateur à une vigilance redoublée sur le moindre détail.

Enfin, le personnage confus d’Andréas acceptant d’être dans cet endroit sans vraiment savoir ce qu’il y fait nous fait prendre part à ses côtés à une remise en question de son existence. Après tout, voici la question que nous sommes en droit de nous poser également, rébellion viscérale qui lui fait comprendre que ce n’est pas son “vrai monde”.

Côté technique, l’ensemble reste sobre et carré : mise en scène, photographie, décors, costumes… Le pack Number One pour instiguer un monde quémandant l’imaginaire.

Mais justement, pourquoi le classer dans un “vieux” film de Science-fiction ?

Petite entorse à la règle, tu as sûrement remarqué que cette œuvre ne date pas du siècle dernier. Bonne question l’ami, cela a à voir avec justement ce style si particulier où tout code temporel est effacé. À l’instar de Dark City, THX1138, ou encore la série Le Prisonnier, le style ne connote pas nécessairement une époque mais plutôt un courant d’idées : être observé, se sentir contrôlé sans forcément déceler les ficelles, être ancré dans une réalité qui ne semble pas être “la bonne”. Le tout pourrait traire d’une inspiration littéraire du célèbre 1984 que cela n’aurait rien d’étonnant.

Pour aller un peu plus loin

Jens Lien est un norvégien peu farouche qui a fait sa formation à Londres. Initialement parti pour devenir musicien, il revient dans son pays pour vivre à Oslo et raconter des histoires filmiques. Son style, irrévérencieux par touches, donne une approche de la “Norway of Life” qu’il critique dans ses oeuvres : une manière rock’n’roll de faire un cinéma punk tout en instiguant la retenue que nous connaissons à nos voisins nordiques. Jens Lien nous livre finalement à travers Andréas l’emprunte désabusée que la société a laissé sur lui, ainsi qu’une vision d’un mode de vie plus matérialiste que sentimentaliste.

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A Propos de Le Cha

Fan de munster, connaisseuse de bières et accro à la S-F